Pour une christologie du Christ cosmique

Pour Marie, que j’embrasse

   La scène est devenue familière  : forêts incendiées, rivières asséchées, records de chaleur pulvérisés, espèces disparues à un rythme effarant. Ce n’est plus une menace, c’est une réalité  :  le chaos écologique est désormais notre quotidien . Et pourtant le silence persiste dans de nombreuses sphères sur ce thème.

Il est temps de poser la question dans sa radicalité évangélique  : et nous, chrétiens, où sommes-nous lorsque « la Création gémit dans les douleurs »  (Rm 8,22)  ? Si nous croyons en la seigneurie du Christ, que signifie cette présence au milieu de l’effondrement du vivant  ?

«  Est-il encore plausible de parler de la royauté cosmique de Jésus-Christ et de la réconciliation de toutes choses […] en lui ? » (John McCarthy sj) Une relecture christologique de Col 1, 15-20 appelle à prendre au sérieux l’ampleur cosmique du salut chrétien, par fidélité au kérygme originel.

La tension entre fascination et mépris de la matière est dépassée. Dans l’hymne aux Colossiens, le Christ est présenté comme «  principe de cohésion de tout l’univers  ». Le Christ est Celui « par qui et pour qui tout a été créé», et en qui « tout tient ensemble» (Col 1,16-17).

Tout est créé en, par le Christ ; et en ce Christ est le tout de la création sauvée. La création et la rédemption sont unies. Toute la création, c’est-à-dire l'humanité, la terre et tout ce qu’elle contient et le cosmos infini sont inclus dans le plan créateur/rédempteur de Dieu par la vie, la mort et la résurrection de son Fils offerts par amour pour l'homme. 

La christologie du Christ cosmique combine deux mouvements : la théologie dite « d’en haut » (descendante) et celle « d’en bas » (ascendante). Il convient de voir « le Fils descendre de son éternité céleste, et quand on le considère dans sa condition historique on n’oublie jamais de quelle hauteur il s’est abaissé. » (1)

Cette christologie part de la seigneurie préexistante du Christ sur la Création. Le Fils est celui par qui « tout a été créé » (Col 1,15-17). « Avant qu’Abraham fut, je suis » (Jn 8, 58). Cependant, cette christologie n’ignore pas l’histoire. Le Christ cosmique est aussi le Crucifié : « C’est par le sang de sa croix qu’il réconcilie toutes choses » (Col 1, 20). L’écologie théologique reconnaît que le salut n’est pas une abstraction céleste, mais une réconciliation qui traverse la matière blessée, les créatures opprimées, les écosystèmes dégradés. Cette christologie est attentive à l’expérience du monde et à la solidarité divine avec la souffrance cosmique. Réduire le Christ à un simple acteur de l’histoire humaine, c’est le réduire, l’enfermer comme un « intrus ou un dépaysé dans l’immensité du cosmos ». Il nous faut renouer avec une christologie holistique, enracinée dans la tradition biblique et patristique, où la création elle-même est incluse dans l’histoire du salut.

Gérard Leroy, le 17 juillet 2025

(1) Joseph Moingt, L’homme qui venait de Dieu, Paris, Cerf 1993, p. 171.

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