L’inouï de la Cène

Pour Fr. François Bustillo, et pour ses frères franciscains de Narbonne, en communion

   La nuit descend sur le Mont Sion. À l’écart des foules, autour d’une table se rassemblent quelques jeunes gens, disciples de ce Jésus qu’ils suivent depuis trois ans. Pour partager le repas. Jésus rompt le pain, et le distribue, fidèle au rite juif. De même la coupe remplie de vin passe de main en main. « Ceci est mon sang donné pour vous. » L’Alliance nouvelle va se révéler, dans le sang. Celui qui va se sacrifier devient nourriture et breuvage de ceux pour lesquels il se livre. « Faites ceci. » « Ceci est mon corps ». Mangez-en !

Le Christ vient habiter ce chaos de mon corps, de mes passions, de mes turpitudes, de mes pulsions. En même temps il m’invite à un corps à corps avec lui. Le corps humain est du biologique, certes, mais ne s’y réduit pas. Il y a en moi une vie du corps qui fait aussi ma vie, la plus profonde et la plus intérieure peut-être.

Le corps de Jésus fut aussi un corps pareil au nôtre. Il s’est donné dans ce corps-comme-le-nôtre, à Bethléem. Il s’est offert comme corps au Cénacle la veille de sa crucifixion, à Jérusalem. « Ai-je un corps ou suis-je un corps ? » interrogeait le philosophe qui privilégiait le « vécu du corps » sur le corps comme matière organique. Il nous faut tenir ensemble l’un et l’autre.

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