Et voici que le voile se déchira (Mt 27, 33-51)

Pour Bernard S., fraternellement, 4/8

   Réfléchissons à cette hypothèse qui propose que la déchirure du rideau du temple au moment où Jésus meurt sur la croix, signifierait l’annulation de la séparation de l’espace sacré du profane qui ne seraient plus qu’un seul et unique espace. Exit, avec Jésus, les lieux sacrés et les lieux saints. Le rideau qui séparait le profane et le sacré s’est ouvert pour ne plus les distinguer.

Si cette signification est portée par le désir bien compréhensible de contrer nos sacralisations débridées encombrant et l’espace profane et l’espace liturgique, je partage cette aspiration avec Bernard S. Il y a un culte de la liturgie en soi, qui idolâtre la liturgie jusqu’à défigurer Dieu. Quand la liturgie devient culte, comme une fin en soi, on se focalise sur le rituel et on renvoie Dieu sur la touche.

Une autre signification du voile déchiré est à verser à l’inventaire. Le verset de Matthieu (Mt 27, 33s, qu’on retrouve incomplètement dans Mc 15, 38 et dans Lc 23 44-49), signifie l’importance de la mort de Jésus pour l’histoire du salut. Ce rideau, que le Grand prêtre du Sanhédrin est seul autorisé à franchir une fois par an, isole en effet le « Saint des Saints « (cf Ex 26, 31-37). Le Livre de l’Exode détaille sa mise en place et son but : « (…) Il marquera pour vous (les juifs) la séparation entre le Saint et de Saint des Saints » (Ex 26, 33). Le rideau marque l’espace du Temple réservé à l’Arche. La déchirure peut aussi signifier le libre accès auprès de Dieu. Jésus meurt. Ce faisant l’accès à Dieu impensable avant l’irruption de Dieu parmi les hommes, est désormais rendu possible par la visibilité de Dieu en Jésus-Christ. C’est une autre signification.

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