Pour Sophie Guerlin, en hommage amical

   Au VIe siècle avt. J.-C. la cité entretient des relations avec Sparte, Thèbes et Athènes. Les guerres médiques qui opposent Grecs et Perses (Ve s. avt J.-C), vont mettre un frein à la prospérité de Corinthe. Conquise par Rome en 146 BC elle est détruite et sa population déportée. Dès lors elle vivote jusqu’à sa refondation en colonie romaine par César en 44 BC, et devient, en 27 BC, sous le règne d’Auguste, la capitale de la province d’Achaïe.

Quand Paul arrive à Corinthe au milieu du Ier siècle, la cité est romaine du point de vue administratif, donc à la fois latine, et grecque.

Paul a dû quitter la Macédoine sous la pression des juifs, pour se rendre à Athènes où il est moqué par les philosophes. À Athènes Paul rencontre Aquila, juif originaire du Pont et sa femme Priscille chassés de Rome. Paul habite chez eux. En 1929 on a fouillé et retrouvé une inscription dans des pavés de calcaire sur lesquels Paul avait transmis les salutations de Éraste, trésorier de la ville (Rm 16, 23).

Quand Paul se trouve à Corinthe de nombreux édifices sont en restauration tandis que d’autres sortent de terre. La cité est d’une grande vitalité. Le voyageur grec qui découvre la ville au siècle suivant peut admirer de nombreuses statues, des fontaines, des portiques, musarder aux marchés, partager un bain, visiter les boutiques etc.

Paul prêche chaque Sabbat à la synagogue (Ac 18). Puis il se rend chez Titius Justus, voisin de la synagogue, dont le chef Crispus crut au Seigneur avec toute sa maison. Beaucoup de Corinthiens reçurent le baptême (Ac 18, 7-8).

Selon Ac 18 Paul séjourna plus de dix-huit mois dans cette cité gréco-romaine, au sud d’un isthme large de plus de 6 kilomètres reliant le Péloponnèse au continent. Ses deux ports, l’un sur la mer Égée, à l’est, l’autre sur la mer Ionienne, à l’ouest, communiquent par une route pavée. Cette route a été construite au VIe siècle avant notre ère afin de permettre aux petites embarcations déchargées de leurs produits d’être tractées, les produits étant transportés par chariots.

Des historiens rapportent que l’empereur Néron avait envisagé, au Ier siècle, de construire un canal reliant les deux ports. Mais les géographes l’en dissuadèrent prétextant que les deux mers, Ionienne et Égée, présentaient des niveaux très différents.

Corinthe est une cité riche et influente, où circulent les marchandises, les idées, les cultures et les religions.

Au sommet de la colline, 575 mètres au-dessus de la cité, se dresse l’Acro-Corinthe. On avait érigé là le célèbre temple d’Aphrodite. On venait y adorer la déesse, représentée sous la forme d’une statue vêtue d’une armure. La déesse avait à son service les hiérodules, des prostituées sacrées. Le sanctuaire était si riche qu’il possédait plus de mille prostituées, au service de la déesse. Grâce à elles, la ville était très peuplée et s’enrichissait, car les marins s’y ruinaient, d’où le célèbre proverbe de l’époque : « il n’est pas permis à n’importe qui d’aborder à Corinthe».

C’est ici, sur le béma du forum, autrement dit sur les marches taillées dans le roc face à la tribune des orateurs, que Paul parut devant Gallion, proconsul d'Achaïe vers 51 (Ac 18, 11-23). Gallion était frère aîné de Sénèque.

C’est lors de son premier séjour à Corinthe que Paul adressa sa lettre aux Thessaloniciens. L’apôtre est arrivé là en 49 et reparti au printemps 52. En 54, alors qu’il se trouve à Éphèse il rédigea sa première lettre aux Corinthiens. La deuxième sera écrite en Macédoine entre 55 et 58.

Corinthe a connu son apogée à l’époque de Néron. Ce n’est plus qu’une modeste bourgade aujourd’hui abandonnée après avoir subi un séisme an 1859.

 

Gérard Leroy, le 2 août 2025