Pour Maryline et Gabriel Flores, en hommage amical
Aux USA la loi du plus fort s’impose, conforme au vœu de Carl Schmitt (†1985), « le puriste du IIIe Reich » qui optait pour le primat de la force sur le droit. Les principes simplistes et binaires de Schmitt sont repris par JD Vance. Schmitt avait prophétisé le retour des empires, ainsi qu’un monde débarrassé des utopies d’après guerre. Schmitt avait proclamé la politique toujours supérieure au droit en situation de crise. Il est source d’inspiration du pouvoir trumpiste.
S’y rallient le néo-mercantilisme, l'impérialisme et le protectionnisme. À l’horizon, avec l’aide de la Chine, s’esquisse un nouvel ordre mondial, issu de l’expansionnisme, lié à la prédation.
Que garde le président Trump d’une identité politique construite autour de l'État de droit, des droits humains et de la démocratie libérale comme cadre de référence ? Ses injonctions contraires sont celles d'un enfant gâté qui ne supporte pas d’être privé.
Le mépris du droit international se déploie au profit de ce que D. Trump appelle sa morale personnelle. D. Trump copie Caligula, qui confiait en de semblables circonstances : « Qu’importe qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent ».
S’accumulent la guerre commerciale, le lâchage de l’Ukraine, les leçons de morale données à Munich par ce vice-président s’adressant à un auditoire médusé, avec l'air condescendant des imbéciles, qui prétend nous sauver de nous-mêmes et nous enseigne la morale de sa bigoterie conservatrice. J.D. Vance, qui ne manque pas de se référer à Carl Schmitt, donne lui aussi le primat à la force sur la raison du droit.
Nous sommes convoqués à réfléchir ici sur la dialectique de la force et du droit.
Le droit, c’est ce qui est conforme à une règle précise qu’il est légitime d’appliquer. Exigible parce que les lois, réfléchies, collégiales, écrites, concluent à la prescription. Il en va de même pour les contrats. Ainsi s’établit l’ensemble des droits régissant les rapports des États entre eux. La règle de base est formulée par le 1er article du Décalogue.
Il est des systèmes qui ont défini le droit naturel par la force, considérant qu’en l’absence d’une législation positive il n’existe ni bien ni mal et par conséquent tout ce qui est possible est permis (cf. Spinoza, Tractatus politicus, II, 4). Cette approche entraîne des confusions, voire des sophismes (voir le Contrat Social de J.J. Rousseau).
La force s’exerce à des degrés différents, par le verbe, par des pressions psychologiques, économiques ou commerciales ; elle comporte la vigueur, la puissance, elle est pourvue d’un pouvoir moteur doté de la possibilité d’exercer une contrainte physique.
Quand le droit n’est pas observé, que la raison échoue à le rétablir, que les conséquences sont nocives pour une communauté, seule la force peut venir à bout de l’entrave au droit. Seulement quand le droit commun à tous est bafoué. Seulement quand la raison échoue.
Gérard Leroy, le 6 mars 2026