Pour Françoise Ormières, Véronique Robin, en hommage amical, et Marie que j’embrasse
En cette période de l’histoire, nous ressentons de nombreuses menaces, depuis le danger du dérèglement climatique jusqu’aux réflexes politiques de repli autoritaire.
Le Livre de la Genèse invite à dominer la terre (Gn 1, 28). Ce qui ne signifie pas l’exploitation sauvage en présentant l’être humain dominateur et destructeur. Nous sommes plutôt invités à cultiver et garder le jardin du monde (cf Gn 2, 15 repris par Laudato si’ au n° 67).
Au 16e siècle, une volonté de puissance sur la nature s’est imposée à travers la conjonction boiteuse d’une approche scientifique et d’une interprétation biblique. L’être humain deviendrait-il le « Seigneur de la terre » ou bien le « serviteur » de celle qui le nourrit ? Reconnaît-on alors la réciprocité causale entre l’homme et la nature, origine et principe de la relation. « Les êtres humains sont si étroitement connectés avec la nature qu’ils en partagent la même détresse et la même espérance de rédemption » a écrit Jurgen Moltmann, lequel poursuit : on a opéré « le passage du centre du monde à une intégration cosmique, de l’arrogance de la domination sur le monde à une humilité cosmique ».
Aujourd’hui, une compréhension écologique de la création est à l’œuvre : « Le Créateur est lié à la création, les choses sont créées par Dieu Père, Fils et Saint Esprit. Ce qui ressort, c’est l’importance et le rôle de l’Esprit : « Dans la puissance de l’Esprit, Dieu est en toute chose et toute chose est en Dieu ». C’est la vision d’Hildegarde de Bingen dans le monde médiéval(1). Calvin n’affirmait-il pas le rôle majeur de l’Esprit.
Il y a aujourd’hui un changement de paradigme : « D’un monde sans Dieu à un monde en Dieu et à Dieu dans le monde ». Aujourd’hui, un monde inachevé est ouvert au futur. Et, l’on prend conscience que la terre, formant un système complexe et interactif, a la capacité d’être source de vie. Cette théorie ne signifie pas la déification de la terre, mais une nouvelle considération de la terre comme organisme. « L’Esprit divin est la puissance créatrice de la vie », « Le Christ ressuscité est le Christ cosmique et le Christ cosmique est « le secret du monde » a écrit J. Moltmann. Il s’agit de percevoir en toutes choses et dans la complexité, les forces motrices de l’Esprit de Dieu et de ressentir dans nos cœurs l’aspiration de l’Esprit vers la vie éternelle du monde futur. La présence du Saint Esprit peut être perçue à travers la nature comme l’a perçue François d’Assise.
Nous sommes appelés à vivre une spiritualité en phase avec la création. La requête écologique invite les grandes religions de ce village global, à passer des particularismes nationaux à une politique mondiale. Il nous faut passer d’une économie quantitative à une économie qualitative, à une économie de la terre.
La terre est notre interlocutrice majeure. La nature et l’humanité font route ensemble. Si la terre peut apparaitre comme un organisme vivant, c’est « la fin de l’anthropocentrisme du monde moderne ». La race humaine s’inscrit dans la vie du système terrestre.
Les grandes religions doivent redécouvrir la sagesse écologique aujourd’hui oubliée. Paresseusement, on rabaissé les religions de la nature, les considérant avec arrogance comme primitives. Il y a là une erreur à corriger : il nous faut chercher à réinterpréter la sagesse pré-industrielle pour notre âge post-industriel.
Les religions mondiales se tournaient invariablement vers un monde au delà. Ce fut le cas des religions monothéistes et des religions bouddhistes. Les religions politiques impériales envisageaient l’empereur dans la position d’un fils du Ciel. En Chine, les peintures comportent toujours une chute d’eau, une eau vive qui descend du ciel sur la terre. Le symbole est fort.
Puissent un jour les religions du monde couler comme une eau vive de l’au-delà dans notre monde, apportant la joie du ciel pour faire le bonheur de la terre et apporter l’eau vive de l’éternité dans notre temps. La voie écologique est, aujourd’hui, un chemin obligé.
Gérard Leroy, le 15 mai 2025
(1) Hildegarde de Bingen, L’homme, la nature et Dieu.