Pour Aymeric Janier, en hommage amical
Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique créé par l’ayatollah Khomeini dès sont retour de France, en 1979, est une organisation paramilitaire de la République islamique d’Iran. Ce corps dépend directement du Guide suprême, le chef véritable de l'État. Le CGR, plus communément appelé Pasdaran (« gardiens » en persan) n’est pas un corps de l'armée iranienne régulière. Il est maître de sa propre marine, comme de son armée de l'air et des forces terrestres, dont les missiles sont sous son contrôle.
Le Corps de ces Gardiens compte 150000 soldats. Ils disposent d’une milice, paramilitaire, fondée par Khomeini, qui compte 90000 membres actifs. Ce sont les bassidjis, que peuvent compléter 300000 réservistes en cas de besoin. En 1988, Ali Khamenei, charge les bassidjis de la sécurité intérieure. En octobre 2018, Les Pasdarans sont classés comme organisation terroriste par l'Arabie saoudite et Bahreïn, suivis par les USA l’année suivante, le Canada et l’Union européenne en 2024. Le réseau des Pasdarans est composé de troupes régulées, de services de renseignement et de la milice Basij qu’il supervise, ainsi que les Forces de Défense nationale. Le Basij est réparti en maints endroits, jusqu'à l’Université où ses professeurs peuvent contrôler l’Organisation étudiante.
Sur le plan politique, les Gardiens de la Révolution sont liés et reliés au Guide suprême grâce aux contacts qu’ils entretiennent au plus haut niveau avec l’entourage proche du Guide. La plupart des gouverneurs de province sont des vétérans du Corps des Gardiens de la Révolution.
Le Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, a été jalousé par ses confrères en raison de son élection suspectée frauduleuse. Ces 17 ayatollahs résident dans la ville dite « sainte » de Qom, à 100 km au sud de Téhéran. Le Guide s’entoure d’officiers de haut rang, personnalités politiques proches, mais toujours sous la menace d’accusations ou de délations. Ainsi, Baqer Qalibaf, maire de Téhéran depuis 2005, à été contraint de démissionner en avril 2018 suite à une levée de boucliers d’ultra-religieux qui lui reprochaient d’avoir assisté à un spectacle de danse de jeunes filles de 6 ans, ce qui apparaissait aux yeux de ses détracteurs « susceptible d’exciter les sens » !
Sur le plan économique les Gardiens détiennent des intérêts dans presque tous les secteurs. Le chiffre est estimé entre 10 et 33% de l’économie iranienne liée aux fonds et filiales du Corps des Pasdarans. Les Gardiens détiennent plus de cent entreprises, dont le revenu annuel dépassait, en 2016, 12 milliards de dollars rien que dans la construction, auxquels il faut ajouter les milliards de dollars de contrats dans les industries pétrolières, gazières, et pétrochimiques. Avec l’absence d’appels d’offres qu’autorisait le gouvernement d’Ahmadinejad, les avoirs du CGR se sont sensiblement étendus.
Lors de la dernière Assemblée des Experts, 88 hommes-clés du Guide suprême, ont élu Mojtaba Khamenei, fils de l’ancien guide tué le samedi 28 février 2026. Khamenei Jr, dispose-t-il encore de ressources physiques suffisantes pour pouvoir jouir des 95 milliards de dollars que lui transmet l’héritage ?
Rien n’interrompt la corruption dans ce pays, que traduit le réquisitoire implacable de Mohammad Rasoulof dans son très beau film Un homme intègre (2017).
Gérard LEROY, 13 mars 2026
Nota : Nous avons recueilli nombre de ces informations de notre ami Antoine Sfeir, qui nous a guidés au cours d’un voyage en 2018, et des Cahiers de l’Orient qu’il a fondés.
Cf. Jean-Paul Roux, Histoire de l’Iran et des Iraniens, Fayard 2006.