À Sophie Guerlin, en hommage amical
« Mkauer » aujourd’hui Mukavir. On y accède après avoir quitté la route, emprunté une piste taillée dans la pierre qui serpente le long de ses flancs escarpés, au milieu des caillasses où se dressent quelques asphodèles comme un défi de vivre sous ce soleil implacable.
Là même où Jean-Baptiste a été mis à mort par le Tétrarque Hérode Antipas Macheronte est l'un des derniers bastions avec Masada, de l’autre côté du Jourdain où se retranchèrent des mois durant les insurgés zélotes lors de la guerre de 70 contre les Romains.
Macheronte a été entrepris un demi siècle av. J.-C. par Hérode le Grand, alors roi de Judée. Perdu dans les monts de Moab, le fleuve est à ses pieds. La forteresse culmine à plus de 1000 mètres au-dessus de la mer morte. Son dôme en forme de cône tronqué se dresse dans le désert à quelques cinq ou 6 km à l'est des rivages de la mère de sel. Au-delà des brumes qui l'enveloppent, on aperçoit Jéricho, sur l’autre rive.
Selon Flavius Josèphe qui publie à la fin du premier siècle sa Guerre des juifs contre les Romains c'est le roi des juifs Alexandre Janée qui aurait le premier construit une forteresse à l'emplacement de Macheronte. Alexandre Janée, mort en 76 av. J.-C. était le grand bâtisseur de la dynastie Hasmonéenne issue de la révolte des Macchabées contre les Séleucides. Les Hasmonéens voulaient préserver leur autonomie face aux grands royaumes hellénistes en même temps qu’ils avaient à maintenir leur territoire devant la menace nabatéenne.
C'est en 57 av. J.-C. qu’Hérode le Grand entreprit la construction de la forteresse, plus imposante que jamais. Macheronte fut reconstruite aux alentours de 30 av. J.-C. Pline l'Ancien la décrit alors comme la plus forte place de la Judée après Jérusalem. Flavius Josèphe juge sa situation particulièrement stratégique face aux Nabatéens, rois de Petra. En 36 après Jésus-Christ le roi Nabatéen Arétas IV inflige une lourde défaite à Hérode Antipas et la forteresse est détruite. Le site est ensuite occupé par une garnison romaine à partir de 44, sous l'empereur Claude. En 66 la citadelle est prise par les zélotes. Après la destruction de Jérusalem en 70 Machéronte résiste mais tombe à son tour. Machéronte, dès lors, ne sera plus jamais reconstruite.
Le palais, magnifique selon Josèphe, est aménagé pour recevoir l’eau de pluie. Les pères franciscains ont récemment fait exhumer une vaste citerne de près de 10 m de profondeur au centre de la cour royale. Les bains rituels juifs de purification les « mikvaot » ont été mis au jour ; on a retrouvé des ostraca, des pièces de monnaie datables, des fragments de céramique en grec et en latin. La restauration d'une structure antique a exhumé la niche du trône du roi Hérode.
C’est en ce lieu que vécurent 5 personnages que mentionnent les évangiles : Hérode le Grand, son fils Hérode Antipas qui a livré Jésus à Ponce Pilate, la princesse hasmonéenne Hérodiade, sa fille Salomé et Jean le Baptiste qui y a été exécuté.
Hérode Antipas craignait que Jean Baptiste, fort populaire à l’époque, ne fomente une révolte. La séquestration du Baptiste résulte de sa critique publique du remariage d’Antipas avec sa belle-sœur Hérodiade, épouse légitime de son frère Philippe Hérode.
La mise à mort de Jean-Baptiste aurait eu lieu le jour de l'anniversaire du Tétrarque après que Salomé, la fille de Hérodiade, eût dansé devant tous les invités d’un gargantuesque banquet. Elle a si bien réjoui les convives qu’Antipas lui proposa de demander tout ce qu'elle voulait. Salomé consulta sa mère qui souhaitait se venger de Jean, lui intima de réclamer la tête du Baptiste. Attristé, le roi Antipas s’exécuta et aussitôt envoya un garde lui ordonnant d'apporter la tête de Jean-Baptiste sur un plateau (Mc 6, 26-27).
La tête de Jean Baptiste est aujourd’hui conservée sous un mausolée colossal à la mosquée des Omeyyades à Damas. Les Syriens, qui vénèrent Jean le Baptiste, sont fiers de vous montrer ce mausolée, et de vous dire : « la tête, elle est ici, le corps il est ailleurs ».
Gérard Leroy, le 7 novembre 2025