Pour Alix, Dominique, Béatrice, en hommage affectueux

   Donald Trump n’est pas fou. Il est atteint de psychopathie. C’est ce que nous explique le neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Cette affection est due à un trouble de l’enfance. Une carence sensorielle chez un bébé signifie que le lobe frontal est atrophié, ce qui a pour conséquence de dés-inhiber l’amygdale qui est le socle neurologique des impulsions. D. Trump est dés-inhibé.

Le lobe frontal a une énorme influence sur nos comportements volontaires ou sociaux. C’est lui qui les construit et les guide. Il contrôle les plus complexes de nos gestes, les prises de décision, le raisonnement. C’est encore le lobe frontal qui organise le langage. Douze aires cérébrales le composent. Elles sont connectées, quoique dédiées à des fonctions différentes.

Donald Trump, atteint d’une carence dans cette région n’a pas de frein. S'il a une impulsion il passe à l’acte. Sous l’impulsion. il peut dire le contraire de ce qu’il a dit la veille. Il est toujours dans la vérité sauf que sa vérité dure 30’’. Il surprend. Comme il a surpris en désignant Ahmadinejad comme le futur leader de l’Iran après la guerre !

La pulsion doit être structurée par la culture. Donald Trump a manqué de culture structurante.

Il n’est pas isolé. Prenons le cas de tous ceux qui brandissent leur conviction sans argument. Qu’on observe les anti, anti-vax, anti-européens, anti-américains, antisémites, anti-musulmans etc. La raison s’enlise alors dans la décharge. Nos trublions politiques cultivent ces haines qui rassemblent. Au pas. En rangs serrés. Pour être plus forts.

Tout part de la « pensée paresseuse », dit Cyrulnik. On ne lit pas, ou seulement ce qui convient à notre goût. Nietzsche avait bien remarqué qu’on s’engage par goût, rarement par argument. On ne doute pas. Il suffit d’avoir une certitude. Cette certitude n’est pas construite, elle nous est donnée. On s’installe alors dans la soumission au langage totalitaire, qu’on voit réapparaître chez les nombreux chefs d’État dictatoriaux. Les satrapes de l’administration Trump sont comme pantins de petites vertus qui font d’une maison blanche une maison close.

Reconnaissons que la pensée paresseuse est tentante, en ce qu’elle nous dispense de réfléchir. La vérité on la connaît, c’est le gourou, le chef. Car le chef c’est la vérité. Il suffit de répéter. On éprouve l’euphorie de marcher au pas. Comme dans une chorale, celle de chanter ensemble.

Hannah Arendt explique que le doute isole. Le doute c’est pourtant le premier degré de liberté. Alors que si je récite avec certitude je suis asservi. Mais c’est confortable.

Gérard Leroy, le 22 mai 2026