Pour mes enfants, que j'embrasse,

   La violence est une réalité métaphysique que la métaphysique ignore. Elle est pourtant de tous temps et de tous lieux, déterminante de toute force, source et cause de tout acte, y compris ceux qu’on rapporte à la liberté. L'homme raisonnable n'a cessé de vouloir régler la violence et de la surmonter.

Parce que la paix reste le bien précieux auquel l’homme aspire, esquissons ici ce qui entrave son projet. À la suite du philosophe jésuite Paul Gilbert je propose quatre pistes d’approche de la violence, afin de mieux cerner son concept.

L’homme est-il, ontologiquement, violent ? Ou n’est-ce qu’un accident contingent de l’être ?

À l’examen la violence littérale, comportementale, psychologique, politique, pose l’hypothèse que l'acte d'être est essentiellement un acte de liberté. La liberté comprise ici comme capacité dynamique de l’homme dont la conscience individuelle est le moteur principal de ses choix.

La deuxième approche s'attache à la raison (intelligence), où la violence apparaît dogmatique en ce qu’elle vise l’unité formelle systémique. La raison moderne, qui veut avoir raison (!), est spontanément violente. Au point qu’il ne reste plus à certains dirigeants, qui se sont volontairement délestés de leur intelligence, que d’envisager exclusivement le rapport de forces de nature violentes pour diriger une entité non plurielle donc mieux contrôlée.

La systématisation contemporaine participe à la violence factorisée par la réduction au « même » des différences d'autrui, ou d'autrui en tant que différent, véhiculée par l'idée d'une « unité » formelle.

La troisième piste ouvre sur l'agir de l'homme conduit par sa volonté qui entend contrôler la violence qui lui est immanente en signant des contrats. Ce type de violence, morale, se présente comme altération des relations intersubjectives qu’arbitre un contrat. La signification de la justice advient ainsi à l'intérieur de la conscience qu’a l'homme de sa condition (conscience plurielle). Elle maintient comme juste, mutuelle et équitable l'exigence du respect d'autrui et de ses différences.

Reste enfin la violence anagogique, qui élève l’âme et qui vise à faire taire la protestation affective. Cette dernière approche assume les lignes plus fondamentales de la métaphysique.

Ce travail métaphysique est à compléter par une réflexion sur l'homme en qui l'acte d'être advient à la lumière d'une reconnaissance spirituelle qui n’est possible que si la singularité  d’autrui et son ipséité sont maintenues. La nécessité de l’empathie apparaît ici en rendant possible l'espace de l’intersubjectivité (E. Stein), ouvrant en même temps au monde d'autrui qui se présente alors à soi de façon objective et élargit la connaissance du monde lui-même. L’homme n’est en effet homme pour lui-même que par sa participation à l’universel. Même sa communauté n'est pas seule au monde.

 

 

Gérard Leroy, le 19 avril 2024