“Dieu est-il ?”

Pour Dominique Lebouc, avec mon affection

   Question vieille comme le monde. Au beau milieu du XIIIe siècle, à Naples, à Cologne ou à Paris, l’évidence est pour beaucoup irréfutable. La sensibilité culturelle est si imprégnée de Dieu qu’il paraît incongru de se demander s’il existe. La nécessité de “l’Être premier” est partout admise. Toute la culture est habitée par cette vérité apodictique que Thomas d'Aquin remet néamoins en cause en posant la question : "La vérité est-elle ?". "Si quelqu'un nie que la vérité est, écrit Thomas d'Aquin, il concède en même temps que la vérité est; car en effet, si la vérité n'est pas, ceci du moins est vrai que la vérité n'est pas. Et s'il y a quelque chose de vrai, nécessairement la vérité est".

Cependant, si l’on a bien une représentation de Dieu, celle-ci reste assez floue. Et cela malgré une prégnante et influente présence d’ecclésiastiques dans ce Paris du pieux roi Louis IX. Voilà pourquoi Thomas lance la question: “Dieu est-il ?” On dirait bien que non. Et puis, est-ce nécessaire qu’il existe ? Drôle de question. On pourrait en faire l’économie. Voilà qui éviterait bien des controverses.

La nouveauté de la démarche de Thomas —assez déroutante, il faut bien le concéder—, c’est de remplacer les certitudes par des hypothèses.

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