Pour Maryline, en hommage amical

   En dépit de ce qui est bêlé sur tous les fronts, réclamant la liberté d’expression comme principe duquel tout dépend, la liberté peut-elle être absolue ?

Toute personne humaine est assujettie aux environnements, à l’environnement cosmique, familial, social, charnel, professionnel etc. Ce qui suffit à signifier qu'il n'y a de liberté que conditionnée, relative, variant avec chaque être mêlé à son espace et à son temps.

Selon les différents milieux et les diverses institutions, Église, patrie,  État, la personne a sa place marquée. Tout notre être est solidaire des êtres et des choses qui nous entourent.

Retenons cette conclusion de Sartre : « L’homme est un être social ». Nous sommes solidaires des autres ; des institutions ; solidaires des milieux de vie qui nous ont nourris et qui fatalement nous contraignent ; solidaires des lois qui tout à la fois nous protègent et nous meurtrissent. La psychologie des cinquante dernières années montre clairement que cette dépendance de chacun par rapport à tous et tout n’est pas un esclavage dont il faudrait se délivrer mais une loi de la nature.

C’est dire que la prétention à une liberté radicale semble culminer dans l’absurdité.  Qui prétend s’exonérer de son environnement, de sa culture pour aller planter sa tente n’importe où pourvu que ce soit « ailleurs » montre qu’il n’a pas encore assez reçu du milieu nourricier et contraignant. Le désir exaspéré de s’arracher à ses causes n’est jamais signe que de pauvreté affective, que d’indigence spirituelle et intellectuelle. L’absolu de la liberté, indifférente à la justice, qui insère l’autre dans le droit, en arrive insidieusement à réduire l’éthique au politique. L’absolu de la liberté clôt tout questionnement sur le pourquoi de l’agir. “L’irrationnel de la liberté ne tient pas à ses limites mais à l’infini de son arbitraire”, disait Emmanuel Lévinas. Au fond « il est permis de se se demander si la doctrine de la révolte radicale n’est pas la contrepartie d’une inadaptation radicale qui se venge dans l’abstrait, de tous ses échecs humains » (1).

Gérard Leroy, le 29 août 2025

(1) Georges Gusdorf, Traité de métaphysique, Armand Colin, 1956, p. 443.