À tous les parents des enfants que j’aime
“Les jeux vidéo ? C’est super ! Notre gamin qui ne tient pas en place, qui quitte sa chaise à peine s’est-il mis à table, s’en va enfin nous flanquer la paix, en allant coller son nez à l’écran, d’ordi ou de télé. Merci la nounou informatique !”
M’étant déjà penché sur quelques ouvrages que commencent à publier ceux que préoccupent, à bon droit, les addictions des enfants aux jeux vidéo, quelques études récentes (1) ont légitimé l’inquiétude que commençait à me procurer une observation toute personnelle.
Michael Stora, psychanalyste, observateur des mondes numériques, note que les jeunes ne sont pas dupes devant les jeux vidéo, sachant distinguer les mondes virtuel et réel. Mark Griffiths, psychologue à l'université de Nottingham et spécialiste mondial du sujet, caractérise l'addiction plus qu'il ne la définit, comme entraînant des modifications de l'humeur, un repli sur soi, générateur de conflits avec l'entourage proche. Le célèbre créateur de jeu français, David Cage, distingue la cause et l'effet, donnant à l'usage abusif d'être la conséquence d'un problème d'adolescence. Boris Cyrulnik, pour sa part, pense que c’est le manque qui crée l’attachement et que le lien n’entraîne pas fatalement un état de dépendance. D’autres études attestent que les gros consommateurs de jeux électroniques sont des solitaires, en majorité des garçons, qui se créent un monde à distance d’un monde qui les prive de la possibilité de s’exprimer au sein d’un authentique dialogue .
Certains parents éprouvent un malaise mal défini devant leur enfant captif du désir incoercible de rester des heures devant la télévision, ou accroché aux jeux électroniques de l’ordinateur. Dans l’incapacité, pour diverses raisons évidentes, d’élucider le problème qui leur permettrait d’espérer de le résoudre, ils s’en tiennent soit à l’interdit —mais l’interdit n’isole-t-il pas les addicts ?—, soit à l’indifférence, en se disant que le temps finirait bien par arranger les choses.