Laïcité : “on a toujours affaire à deux bandes de curés, les néocléricaux et les anticléricaux.”

Pour Jean-Jacques et Véronique, avec mon amitié,

   C'est Charles Péguy qui lançait cette formule, un tantinet provocatrice, et qui répondait à celle du Président Gambetta prononcée en 1877 :  “Le cléricalisme, voilà l’ennemi !”

Le laïcisme, il faut bien l'admettre, emboîte le pas de cette laïcité de combat.

Si aujourd’hui la loi de séparation profite aux deux parties, si “L’Église est libre dans un État libre”, si, comme l’affirme notre constitution, il y a incompétence de l'État en matière religieuse, et incompétence de l'Église dans le domaine de l'État, la “sempiternelle guerre des deux France” (E. Poulat) se réactive, hélas, périodiquement.

C’est dans cette tension que, indisieusement, quelques rédacteurs du projet de Constitution de l’Europe sur lequel les Français ont eu à se prononcer par voie de référendum, ont laissé libre cours à leur anti-cléricalisme viscéral. Dans ce projet en effet, dans la perspective de promouvoir une âme commune à l’Europe, certains ont voulu la vider de ses héritages religieux. Peine perdue ! Ces héritages ont façonné l’Europe, dont l’une des caractéristiques est précisément sa diversité confessionnelle. Même si parfois ce phénomène a engendré des tensions, c’est une de ses richesses, que cette capacité à faire vivre en bonne intelligence des croyants de confessions différentes.

Il est vrai que lorsque les Français ont été appelés à voter pour donner leur avis sur ce projet de Constitution, on a craint, la droite comme la gauche, le retour d’une Europe chrétienne, on a craint une internationale cléricale en quelque sorte. La tradition laïque redoutait de voir l’Église catholique reconquérir au plan européen le pouvoir qu’elle avait perdu au plan national.
Or, il n’y a jamais eu dans l’esprit des chrétiens l’idée de restaurer une chrétienté. À part les néocléricaux ! Mais combien sont-ils ?...

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