L’art d’ignorer les pauvres

Pour mon ami Gérard Lévy, en signe d'affectueuse amitié

   C’est le titre de l’article de l’économiste américain J.K. Galbraith, publié par Le Monde diplomatique en octobre 2005, et présenté récemment sous la forme d’un petit ouvrage agrémenté de deux autres participations (1).

De tous temps les pauvres nous embarrassent et nous ne savons ni comment apaiser leur sort ni quelle attitude adopter qui nous épargne la mauvaise conscience que provoque leur situation. De tous temps nous nous sommes efforcés de nous épargner cette mauvaise conscience, suivant cinq stratégies dont Galbraith fait l’inventaire et que nous synthétisons ici.

Nous commençons par nous dire que si les pauvres souffrent en ce bas monde, ils peuvent se réjouir de se savoir récompensés dans l’autre. La religion n’était-elle pas entrevue par Marx comme l’expression pathologique d’une misère économique, éprouvée par des gens qui espèrent et qui croient en un au-delà qui viendra compenser toutes les privations subies au cours de cette existence traversée comme “une vallée de larmes”. Voilà de quoi rendre envieux les opulents bourgeois qui n’ont pour se consoler que de jouir à volonté de leurs trésors amoncelés !

Ce qu’il y a de pire en l’homme, disait Vaclav Havel, c’est l’égoïsme, le désir de toujours se tirer d’affaire pour son propre compte sans égard pour l’intérêt général. Adam Smith en donne un pertinent exemple : “Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts.” Les libéraux sont, on ne peut plus, réalistes en spéculant sur les vices des gens.

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