Sartre et Camus : deux existentialismes

Pour Henri-Luc, en hommage amical

      Camus croyait que l’incertitude est génératrice, qu’elle ne peut être vaincue mais doit être acceptée. Il rejetait ce qu’il considérait comme la théodicée laïque de Sartre, son jugement impie sur la souffrance universelle.

Avec Simone de Beauvoir, Sartre identifiait les fondements fragiles de la liberté aux luttes des opprimés. Il a radicalisé Heidegger en luttant pour la cause du communisme en Russie malgré les atrocités commises sous Staline, pour l’indépendance de l’Algérie contre le colonialisme français et pour divers mouvements sociaux jusqu’aux protestations de 1968.

Camus se demandait comment Sartre pouvait rejeter la connaissance absolue, d’un côté, et choisir des camps idéologiques, souvent incompatibles, pour mettre fin à ce qu’il définissait comme les péchés de l’histoire.

La version « divinisée » de l’histoire est déjà visible en 1943, lorsque Sartre choisit la métaphore de la peste pour critiquer l’occupation allemande. Camus fit de même dans son roman publié quatre ans plus tard. Contrairement à la critique de Camus de l’oppression symbolisée par l’épidémie de peste, Sartre n’assimile pas Les Mouches à une sorte de virus naturel qui arrive sans raison. À l’instar de Jaspers et d’Arendt, Sartre insiste sur le choix humain. Croire que la peste ne peut être conditionnée par des circonstances historiques et politiques établit des hiérarchies de pouvoir qui, pour Sartre, ne signifient pas que vivre dans la mauvaise foi. Le héros de Sartre, Oreste, apparaît ainsi très différent du héros de Camus, Rieux.

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