L’immigration nous interroge (2)

Pour Jean-Marc Aveline, Cardinal, en hommage amical ;

Pour Francis Rufin, et Éric Ciotti, respectueusement

   La bêtise instinctive des réflexes conditionnés politiques s’est exprimée sans vergogne après l’attentat d’Annecy. Inepte ! la rhétorique politicienne est « plus fardée de la redondance des mots que fondée sur la raison même des choses » (S. Ambroise). Alors que des pans entiers de notre économie fonctionnent grâce à la main-d’œuvre immigrée, certains parlementaires prétendent encore que le recours à la main-d’œuvre immigrée pénalise les six millions de chômeurs en France… Oubliant que beaucoup d’entre ces migrants font le travail que ces parlementaires ne voudraient pas faire.

La complexité du thème de l’immigration tient à la diversité de ses approches, humanitaire, d’abord, juridique, psychologique, logistique, celle du droit international, de la politique aussi.

Penchons-nous sur la situation présente en France. Le taux d’emploi des immigrés âgés de 15 à 64 ans est de 56 %. Ces gens se caractérisent globalement par leurs conditions de travail plus pénibles que la moyenne, liées préférentiellement à des contraintes physiques.

On peut craindre que l’immigration liée au travail, si elle est indéniablement nécessaire dans certains secteurs, nous amène paresseusement, à ne pas réfléchir à la manière d’accompagner, voire de former les dizaines de milliers de réfugiés à qui nous devons asile à bon droit afin qu’ils puissent partager la réponse aux besoins qui sont les nôtres. Qu’est-ce qui justifie le fait d’avoir le souci de l’étranger, de l’accueil, de l’hospitalité ? La justice est interrogée. On se contente trop souvent d’une justice formelle qui n’a pas à s’occuper du bien. Or la justice ne peut faire l’économie de la démarche éthique.

Se préoccupe-t-on du souci d’accueillir ? L’amour contre la justice ? Et si l’accueil était tout simplement la capacité de rendre justice.

Des banderoles revendiquent rageusement notre « chez nous ». La compréhension que nous en avons exige de nous faire une représentation de ce que peut signifier pour l’étranger d’être « chez lui ». Nous sommes des étrangers pour ceux que nous considérons comme des étrangers. La mémoire d’avoir été soi-même étranger vient auréoler de bienveillance cette déclaration que rappelle la Bible.

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