Alain Mimoun, hommage

Pour Robert Brault, qui fut mon coach, affectueusement

   Sans acte de naissance et pour donner à ce trotte-menu venu du fond des bois un âge, on l’a fait naître un 1er janvier, celui de 1921. On n’est probablement pas loin de la vérité historique. On est plus sûr de sa mort, le 27 juin 2013, à Saint-Mandé, près de ce Bois de Vincennes dont il avait fait son jardin et où il a accumulé des milliers de kilomètres. 

Ses amis, pour la plupart d’anciens coureurs,  Michel Jazy en particulier, les journalistes de l’Équipe, n’évoquent jamais Alain Mimoun, sans l’appeler affectueusement “le Vieux”.

C’est que ce moustachu au poil agressif, ce moine-soldat au ton autoritaire, dictait à tout athlète son équipement adéquat, l’entraînement à suivre —infernal—, y compris dans les couloirs de l’hôtel ou de l’aéroport, le choix des pointes, l’heure du réveil etc. Bref, face à lui, si l’on voulait éviter une volée de bois vert, valait-il mieux se tenir à carreaux et obtempérer, comme un écolier devant son vieux maître.

Sa ténacité n’a fait que cultiver le respect que tous les athlètes lui ont marqué. C’est surtout son courage qui lui a valu la vénération, sa détermination, plus que la légèreté diaphane d’une foulée chaloupée qu’on admire d’ordinaire chez les coureurs de demi-fond. La foulée du “Vieux” rasait l’asphalte, manière intelligente d’économiser ses forces.  

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