Pour Pierre et Annette Jany, que j'embrasse
À l’aube du christianisme les premières communautés de croyants prenaient l’Évangile comme Événement, et en déduisaient l’urgence de promouvoir l’amour, le pardon, le partage. Et puis est arrivée la période constantinienne. Dès le IVe siècle le christianisme a commencé à déraper. À partir de ce moment-là, quand Théodose déclara que l’Empire était un Empire chrétien voulu de Dieu, l’Église a aménagé les choses. L’Empire était chrétien, officiellement. Des conciliations ont été mises en place. On a peu à peu radicalisé l’institution. Le christianisme s’est entiché du pouvoir politique. Certes il n’était pas facile d’éviter le piège, sinon de la collusion, du moins de l’association, avec l’État. Les religions de l’Antiquité constituaient toujours un modèle, elles qui, le plus souvent, avaient été indissolublement liées aux pouvoirs politiques. Mais la plupart d’entre elles ne se préoccupaient guère du salut des âmes, alors que l’au-delà de la mort constituait la préoccupation centrale du christianisme. Ce lien avec l’État a entraîné la confusion. Les religieux prenaient en charge les soucis et les tâches qui ne leur revenaient pas en premier, attitude qui leur valait une considération à la hauteur de la vénération manifestée à tous les hommes de pouvoir dont on attend d’ordinaire qu’ils résolvent les problèmes et les misères de la population.