Pour Michèle Reig, en témoignage d'amitié
Raymond Lulle naît en 1233 à Majorque, dans une illustre famille catalane. Ce laïc est un cas inclassable. D’abord page du roi d’Aragon, précepteur et passionné de chevalerie à laquelle le fils du roi l’a initié, Raymond Lulle (Ramon Llull en catalan), adhère à la foi en Jésus-Christ, se rapproche du tout jeune Ordre des Frères franciscains, intègre le Tiers ordre des Frères mineurs franciscains, et enfin abandonne femme et enfants pour exercer sa mission évangélique, particulièrement auprès des musulmans.
Il transporte son baluchon autour de la méditerranée —l’homme sait l’arabe, autant que le latin— organisant ce qu’il convient d’appeler des croisades intellectuelles, fondant au passage ici et là des collèges à l’usage des futurs prédicateurs. Raymond Lulle cherche la rencontre et le dialogue, et il n’est pas aberrant de le compter parmi les précurseurs du dialogue interreligieux, même si sa faconde a des accents quelque peu apologétiques.
L’autodidacte puise tous azimuts un savoir impressionnant, rendu par une pensée qualifiée de touffue. Elle procède cependant de la tradition d’Augustin et d’Anselme et s’organise —si tant est qu’elle y parvienne— selon la logique aristotélicienne. Enfin, comme pensée chrétienne, elle se pose comme adversaire de l’averroïsme.