Bon anniversaire Michel

En partage affectueux avec Robert Brault et Bertrand Jacquier

   Permets-moi, Michel, d’exhumer les souvenirs enthousiasmants que tu as semés. En me penchant sur ta propre histoire, contemporaine à la mienne, partageant une commune passion, je fus soudain pris de vertige : le temps file décidément trop vite. On a vingt ans un dimanche et quatre-vingts le lendemain. Le temps passe en un rien de temps. Mille et une images défilent dans ma tête en ce matin d’été. Comme disait Baudelaire : J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

En regardant l’album de mes souvenirs il en est un que je détache en t’écrivant. Il a 55 ans, bientôt. En ce temps-là les curieux se pressaient vers le Palais de justice pour entendre, sans attendre la chronique de Frédéric Pottecher, les plaidoiries du procès Ben Barka ; le premier ministre Georges Pompidou disait sa satisfaction de la rentrée, même si les étudiants en médecine, déjà, protestaient. On présentait la prochaine loi de finances à l’Assemblée. Le salon de l’auto s’apprêtait à fermer, tandis que Jean Snella acceptait de prendre à nouveau la sélection de l’équipe de France de foot. Blondin se rendait à Lugano où les Anquetil, Gimondi et Motta allaient en découdre, tandis que du côté de la rue Blanche Sacha Pitoëff, fidèle à sa « russitude » triomphait avec les Bas-Fonds, de Gorki.

À l’Assemblée, le ministre Michel Débré était applaudi après avoir déclaré que : « Il n’y a point de France si nous ne tenons pas notre rang ». Les Français aspiraient toujours à nourrir, par procuration, leur fierté. Tu allais leur donner une satisfaction de plus.

La mi-octobre de l’an 1966 a sonné. La pudeur des arbres demi-nus est malmenée par un vent déjà frais. Les chaises du Jardin du Luxembourg ouvrent vainement leurs bras de fer forgé pour des gens qui ne s’arrêteront pas. Les statues impassibles offrent aux pigeons le perchoir de leurs coiffes. Le brouillard a tout mis dans son sac de coton.

C’est mercredi, ce 12 octobre 1966. Toute la journée, des nuages replets avaient léché les toits, laissant à peine filtrer un soleil aigrelet, fatigué. Le métro ramène chez eux, ce soir comme en d’autres, des gens fourbus par une journée remplie, côtoyant ceux qui descendront au stade Chéron, à St Maur-des-Fossés. Ceux-là relisent le Journal L’Équipe pour la nième fois depuis l’aurore. J’ai, sur les genoux, les feuilles froissées des tous ces journaux annonçant la tentative de notre champion qui depuis une demi-douzaine d’années nous tient en haleine chaque fois qu’il chausse les pointes.

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