Actualité de Talleyrand (1754-1838)

Pour Maryline, Rachel, Bruno, en hommage affectueux

   Ou : la légitimité n’est pas acquise par la force, mais par le droit.

Un ouvrage de l’historien Italien Guglielmo Ferrero (1) est consacré à ce grand homme, souvent cité pour ses bons mots, oubliant qu’il a servi neuf régimes au cours d’une carrière extraordinaire au service des intérêts supérieurs de son pays.

En 1792, le « diable boiteux » rédige un Mémoire sur les rapports actuels de la France avec les autres États de l’Europe. Il conclut sur une idée lumineuse : la France et l’Angleterre doivent coopérer afin de libérer toutes leurs colonies, tout en faisant pression sur l’Espagne afin de la rallier à cette idée.

Selon Talleyrand, les guerres de la Révolution sont incapables d’aboutir à la paix durable à cause d’une diversité de positions inconciliables. En outre, la Révolution s’illusionne dès lors qu’elle fait usage de la force.

Devenu ministre des Affaires étrangères, Talleyrand distingue sagement l’esprit d’aventure et l’esprit constructif. Toute société repose sur la dialectique entre la liberté humaine et le besoin social, qui débouche sur l’accession à une sphère de conciliation. L’esprit constructif correspondant aux caractéristiques intellectuelles, morales et politiques, découvre et fait respecter ce processus.

Dans ses Mémoires Talleyrand aborde une question fondamentale pour construire un ordre stable, celle de la légitimité du pouvoir. C’est grâce à ce principe qu’il réintègre la France de la Restauration dans le concert des nations européennes après la séquence révolutionnaire, il écrit : « Le premier besoin de l’Europe, son plus grand intérêt était donc de bannir les doctrines de l’usurpation et de faire revivre le principe de la légitimité, seul remède à tous les maux dont elle avait été accablée, et le seul qui fût propre à en prévenir le retour ». La légitimité consiste à fonder l’ordre international sur les droits historiques des États plutôt que sur le rapport de force. Le pouvoir n’a pas le droit de commander parce qu’il a la force, mais doit disposer de la force de commander grâce au droit.

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