Zénobia, reine des décombres

Pour le Pr Samir Hamamah, en hommage amical

   Au IIIe siècle, l’Empire romain s’affaiblit en même temps que le christianisme s’affermit. Les Barbares se montrent menaçants sut toutes les frontières. L’économie se dégrade à cause d’une inflation galopante, la ferveur patriotique s’émousse. L’Empire romain, menacé par les Perses Sassanides en Iran, affaibli par des troubles internes, doit de se maintenir en Orient à un prince de Palmyre, dont la veuve, Zénobia, tentera de se séparer de Rome en s’autoproclamant « Reine du Royaume ». Le tout sur fond de peste, de brigandage, de persécutions et d’assassinats. Le trésor archéologique gréco-romain de Palmyre a été en grande partie détruit par la barbarie terroriste. La cité a été reprise, dit-on, et les informations nous laissent espérer qu’elle sera reconstruite à l’identique, avec les matériaux authentiques récupérés.

Paul Veyne a consacré un petit ouvrage à Palmyre (1). Il a beau prendre la précaution d’annoncer que ce livre n’est pas d’érudition, il faut cependant accumuler beaucoup de connaissances pour informer le lecteur de tant de détails passionnants sur cette cité que le Pr Veyne décrit avec une habileté qui nous la restitue comme par une sorte d’anamnèse et nous porte vers elle. 

Palmyre avait été, au IIe-IIIe siècle, un joyau de l’Empire romain, alors à son apogée. Au carrefour de pistes multiples, Palmyre offrait un caravansérail pour abriter les chevaux et les marchandises conduites par des négociants grecs italiens, ou égyptiens. Magistrats, soldats, Juifs, publicains amenés à séjourner à Palmyre découvraient un monde à part. On y parlait plusieurs langues. On s’habillait autrement qu’à Rome, les vêtements n’étant pas drapés, comme les chlamydes, mais cousus, comme ceux d’aujourd’hui. Les nobles cavaliers, en dépit de l’interdiction de port d’armes, ceignaient un poignard. Les femmes, à la différence de quelques régions hellénistiques, ne voilaient pas leur visage, et aimaient se parer de bijoux. "On avait beau être en plein désert, tout sentait la richesse" observe Paul Veyne.

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