Philosophie

Moquez-vous... (1)

Pour Denise Torgemane, en hommage amical

   Quand, sur le mont Carmel, Élie, interpelle les disciples adorateurs de Baal en les moquant: « Criez plus fort, car c’est un dieu : il a des soucis ou des affaires, ou bien il est en voyage ; peut-être il dort et il se réveillera ! » (1 R 18,27), le prophète se paye la tête des haut-fonctionnaires de la religion. Il n’est pas rare d’entendre aujourd’hui brocardés les faussaires du religieux, les boutiquiers, les quincailliers du religieux ; comme on persifle le religieux lui-même “shooté” à l’opium, ayant pris une assurance tous risques, ou aimant le sucre d’orge. 

On ne rend pas compte du religieux tant qu’on en reste à la description des comportements, de l’attitude religieuse (que reprennent sans hésiter les rites de certains cercles athées), des mentalités, du contexte culturel, des conditionnements sociologiques, psychologiques, et économiques. 

Reste encore à déchiffrer le vécu irréductible du croire et l’assignation risquée d’un sens. Aussi ne négligeons jamais la question —exigeante mais incontournable— de l’invraisemblable irruption de Dieu dans l’histoire, qui a donné sens aux hommes de foi, lesquels l’expriment par une religion. 

On peut dédaigner de réfléchir au mystère de la vie, de la mort, le mystère subsiste. Comme la question du Transcendant qui va avec. « On ne se moque pas de Dieu » (Ga 6,7). À l’inverse croyez-vous que Dieu soit contrarié de sa mise à l’écart ? Ironisez toujours. Si c’est sur l’inaccessible c’est bien de votre incapacité à l’atteindre que vous vous moquez. 

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